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Alors que le Festival de Cannes bat son plein, que politiques, médias, professionnels et publics célèbrent le 7ème art, de nombreux cinéastes européens se mobilisent et lancent un appel. Leur conviction : le cinéma européen peut et doit participer à la conduite d’une politique culturelle européenne ambitieuse et renouvelée. Pascal Rogard (directeur général) et l’ensemble de la SACD sont parmi les moteurs de cette mobilisation, ils continuent de fédérer les auteurs et de faire entendre leurs nécessaires revendications.

Citoyens et cinéastes européens, nous vivons au cœur d’une Europe qui porte un bel espoir quand elle est fidèle aux valeurs de tolérance, d’ouverture et de diversité et qu’elle se défend des visées nationalistes, obscurantistes et frileuses qui la traversent.
Parce qu’il est le reflet de ces valeurs positives, nous avons la conviction que le cinéma européen peut et doit participer à la conduite d’une politique culturelle européenne ambitieuse et renouvelée. Loin de n’être qu’un bassin d’emplois, l’addition de territoires ou la juxtaposition de marchés et de consommateurs, la culture européenne porte également ces identités plurielles et un mode d’expression libre et démocratique.

Si, par le passé, les chemins de l’Europe et du cinéma ont parfois été séparés, ils ont aussi eu l’occasion, durant de nombreuses années, de se croiser. C’est notamment le cas au regard des vingt-cinq ans d’accompagnement de la création et de la diffusion européennes par le programme MEDIA, dont la dotation budgétaire doit être renforcée et le champ d’actions étendu, notamment en direction des auteurs.

L’accès de tous à la culture est un idéal résolument moderne, économiquement fort, politiquement ambitieux, techniquement vivace grâce aux outils numériques, et fondamentalement humain. Ce nouvel environnement numérique qui nous tend les bras est riche de promesses et d’espoirs. Il est aussi lourd d’enjeux pour les créateurs.

Parmi eux, le financement et le développement des films européens doit être notre priorité.
Plus que jamais, le maintien de la territorialité des droits est une urgence : elle structure et garantit le haut niveau de financement des œuvres en Europe, en particulier pour les cinématographies les plus fragiles et les coproductions européennes. Ce principe doit être sanctuarisé pour garantir l’exclusivité des droits et les fondements du financement de la création. C’est cette territorialité qui permet aux spectateurs d’accéder à des œuvres diverses et financées à travers l’Europe. Rêver au marché unique européen peut être séduisant mais, en l’état, un tel projet irait à l’encontre du fondement de la diversité et de l’exception culturelle.

Le droit pour les auteurs de pouvoir vivre de leur art doit aussi être consolidé et renforcé, afin qu’ils puissent continuer à créer.
Le Parlement européen et le Conseil débattent actuellement d’un projet de directive sur le droit d’auteur. A tous les cinéastes, l’Union européenne doit assurer sur tout son territoire le même niveau de protection, et reconnaitre un droit inaliénable à rémunération lorsque leurs œuvres sont exploitées sur des plateformes en ligne.
Elle doit aussi encourager la transparence et la rémunération proportionnelle des auteurs au succès du film.

L’intégration des géants de l’Internet dans l’économie de la création européenne est déterminante pour l’avenir du cinéma.
L’Europe doit fixer une ambition et assurer les conditions d’un jeu concurrentiel plus juste et durable entre tous ceux qui diffusent nos œuvres. Elle doit également assurer le principe d’une équité fiscale, et rapidement mettre en œuvre des engagements de financement et de diffusion vis-à-vis de la création européenne, sans possibilité de contournement. Elle doit enfin garantir une meilleure adéquation entre le lieu d’imposition et le lieu de diffusion des œuvres, comme c’est déjà le cas pour la TVA.
L’Europe n’est pas un nouveau Far-West, sans foi ni lois : elle doit veiller à appliquer les mêmes règles à l’ensemble des diffuseurs, plateformes, sites de partage ou réseaux sociaux.

Enfin, alors que le piratage reste un fléau et que l’offre légale peine à attirer les spectateurs, il est nécessaire de valoriser une meilleure exposition des œuvres sur tous les supports.
Le développement d’outils de référencement des films légalement accessibles doit être accéléré, autant que doivent être encouragées les coopérations entre États-membres ou des actions collectives concertées.

Chaque auteur espère avant tout voir son œuvre accessible au plus grand nombre : leur assurer une large exposition dans les salles de cinéma, sur les chaînes de télévision, leurs déclinaisons numériques, et sur tous les services à la demande, est une priorité. Il s’agit aussi de répondre aux nouvelles attentes des spectateurs.
Les professionnels devront faire des efforts en ce sens pour renforcer la disponibilité des films. Les institutions européennes devront, elles aussi, garantir une présence et une promotion minimales des œuvres européennes sur les services à la demande, tisser un lien vertueux entre numérique et création, sans faire table rase de la diversité culturelle.

L’enjeu est grand mais le défi est formidable : celui de nous unir – acteurs politiques, créateurs et citoyens – afin de repenser et reconstruire une politique culturelle exigeante et ambitieuse, adaptée au numérique, à son économie et ses usages, qui valorise les œuvres et mette les créateurs au cœur de son action.

Aux côtés de la SAA, de la FERA et de l’ARP, la SACD se mobilise.

Liste des premiers signataires :
Fatih Akin (Allemagne)
Robert Alberdingk Thijm (Pays-Bas)
Alejandro Amenábar (Espagne)
Christophe Andréi (France)
Montxo Armendáriz (Espagne)
Clio Barnard (Royaume-Uni)
Lucas Belvaux (Belgique)
Pablo Berger (Espagne)
Julie Bertuccelli (France)
Iciar Bollain (Espagne)
John Boorman (Royaume-Uni)
Fred Breinersdorfer (Allemagne)
Miroslava Brezovská (Slovaquie)
Peter Carpentier (Allemagne)
Marianna Čengel Solčanská (Slovaquie)
Dan Clifton (Royaume-Uni)
Fernando Colomo (Espagne)
Stijn Coninx (Belgique)
Catherine Corsini (France)
José Luis Cuerda (Espagne)
Jean-Pierre Dardenne (Belgique)
Luc Dardenne (Belgique)
Dante Desarthe (France)
Leonardo Di Costanzo (Italie)
Fabrice Du Welz (Belgique)
Klemen Dvornik (Slovénie)
Benedikt Erlingsson (Islande)
Stephen Frears (Royaume-Uni)
Matteo Garrone (Italie)
Costa Gavras (France)
Jochen Greve (Allemagne)
Michael Haneke (Autriche)
Michel Hazanavicius (France)
Miguel Hermoso (Espagne)
Hrvoje Hirar (Croatie)
Agnieszka Holland (Pologne)
Dariusz Jablonski (Pologne)
Agnès Jaoui (France)
Joachim Lafosse (Belgique)
Eric Lartigau (France)
Claude Lelouch (France)
Marek Leščák (Slovaquie)
Zuzana Liová (Slovaquie)
Daniele Luchetti (Italie)
Miloslav Luther (Slovaquie)
Ole Christian Madsen (Danemark)
Ursula Meier (France-Suisse)
Roger Michell (Royaume-Uni)
Radu Mihaileanu (France)
Catalin Mitulescu (Roumanie)
Cristian Mungiu (Roumanie)
Olivier Nakache (France)
Annette K. Olesen (Danemark)
Ruben Östlund (Suède)
Sir Alan Parker (Royaume-Uni)
Paweł Pawlikowski (Pologne)
Raoul Peck (France)
Sverre Pedersen (Norvège)
Adela Peeva (Bulgarie)
Nicolas Philibert (France)
Ventura Pons (Espagne)
Marián Puobiš (Slovaquie)
Corneliu Porumboiu (Roumanie)
Elina Psykou (Grèce)
Di Redmond (Royaume-Uni)
Jaime Rosales (Espagne)
Michaël R. Roskam (Belgique)
Lone Scherfig (Danemark)
Volker Schlöndorff (Allemagne)
Céline Sciamma (France)
Maurizio Sciarra (Italie)
Jerzy Skolimowski (Pologne)
Marko Škop (Slovaquie)
Paolo Sorrentino (Italie)
Birgitte Staermose (Danemark)
Hugh Stoddart (Royaume-Uni)
Charles Sturridge (Royaume-Uni)
Ondrej Šulaj (Slovaquie)
Bertrand Tavernier (France)
Eric Tolédano (France)
Dušan Trančík (Slovaquie)
Joachim Trier (Norvège)
Fernando Trueba (Espagne)
Felix Van Groeningen (Belgique)
Wim Wenders (Allemagne)
Susanna White (Royaume-Uni)

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