Accueil du site / Home_fr / Actualités / Vie de la Maison des Auteurs / L’homme qui réinitialise le toucher

Les boursiers de la SACD et de la Scam ont des profils aussi divers que les aides proposées. Nous vous en proposons quelques portraits croqués sur le vif. Pour commencer, Luc Hanneuse, l’homme qui réinitialise le toucher, entre robotique et physical computing.

Cerveau-coeur

Avec un double cursus de physique pure et d’ingénieur du son, Luc Hanneuse était condamné à ne pas se satisfaire d’un parcours rectiligne. Le terme "à côté" désigne de manière légère l’extension de ses domaines de recherche. Lorsqu’il travaillait à la Monnaie en tant qu’ingénieur du son, à côté, il délivrait des workshops en électronique auprès du Fab Lab d’iMAL, dont il détournait à ses heures les imprimantes 3D pour créer des objets facétieux comme un moulin de prières parfaitement loufoque. En guise de rebondissement de carrière, il est aujourd’hui responsable de l’implantation du projet européen FEDER dans cette même structure (la convention a été signée début janvier) et à côté, il développe grâce à l’Haptic touch, une installation pour laquelle il a reçu une bourse web-création de la Scam.

"When you lent me your ear, my heart became a red-breasted robin"

En le rencontrant, on pourrait craindre de s’entretenir avec un pur cerveau. Au lieu de ça, on découvre un créateur d’outils pour magie pure qui va droit au cœur. "When you lent me your ear, my heart became a red-breasted robin" sous-titre l’installation sonore Whispering Walls, qu’il a contribué à installer autour du Théâtre de la Monnaie durant les travaux de rénovation. Avec elle, Luc Hanneuse fait chanter les murs de l’opéra à tout vent. Il dit : "J’ai assuré la partie technique du système de détection de présence et du système transducteur qui permet aux objets de faire haut-parleur." Car il est ce type de créateurs qui conservent la sensualité de leurs démarches forclose en eux alors qu’ils énoncent à voix haute la technicité qu’elles impliquent. À la Monnaie, donc, six histoires inédites (en anglais, français et néerlandais) qui se découvrent via six points d’écoute. Suivez les pictogrammes (classiques et en braille) pour les trouver. Allez-y sans préjugé : même les portes parlent.

Feel me

Feel me, ainsi baptisé-je provisoirement sa future installation, portera sur le sens du toucher, "mais toujours avec un volet sonore". Elle nous ramènera à l’enfance aussi, à ces boîtes à sensations dans lesquelles il fallait plonger la main (parfois avec un délicieux frisson) pour y découvrir du gravier, des graines, du papier, des plumes. Développée grâce à la technologie Haptic Touch, Feel me, ce sera la même chose, à ceci près que la matière en sera totalement absente. La sensation du toucher "et le retour de force", disons l’élasticité de l’objet par exemple, seront entièrement induits par une interface électronique. Envolées les boîtes et leur obscurité, pour éprouver ces sensations, le visiteur traversera une surface en latex qui se déformera sous ses doigts. La recherche croise la robotique et le physical computing. Nous vivons dans un monde de parfums de synthèse, il y aurait là une extension au domaine du toucher. Le rendu sera d’autant plus réaliste qu’il se doublera d’une expérience sonore. En interaction avec le visiteur, les surfaces réagiront à l’effleurement ou à la poussée, et, comme dans Whispering walls, une histoire se raconterait à travers l’installation. Pour cette longue "réflexion sur le toucher", Luc Hanneuse a été soutenu par la Scam pour la phase recherche et développement et par la Fédération Wallonie-Bruxelles (art numérique) pour la conception et la production de l’installation.

Et les surfaces réagiraient au toucher, elles interagiraient avec le visiteur car, comme dans Whispering walls, une histoire se raconterait à travers l’installation.

Pendant ce temps, à côté, le physicien implante le projet FEDER au cœur de Molenbeek sous la forme d’un CASTII (Centre Art Sciences et Technologies Invention Inclusion). Essentiellement, il s’agit pour iMAL d’ouvrir les populations environnantes aux nouvelles technologies et à l’art contemporain en collaboration avec les partenaires déjà présents sur le terrain, la CLES (lutte contre l’exclusion sociale) et la MCCS (Maison des cultures et de la cohésion sociale). Des partenariats sont créés avec les écoles, les maisons de jeunes, de femmes, de quartier. Le tout prendra place dans un bâtiment rénové, s’inscrivant par une longue vitrine sur quai dans le "plan Canal". Pour l’instant, ce sont trois étages au sein de l’ancienne fabrique qui font l’objet de plans de rénovation pour y installer un Fab Lab plus vaste et des espaces d’exposition. Coordinateur du projet, Luc Hanneuse supervise l’ensemble du chantier. Quand il lui reste un peu de temps, il parcourt les festivals d’Europe où se communiquent de nouveaux modèles pédagogiques en rapport avec sa mission - et se découvre le matériel qui les accompagne. "En 2018", s’enthousiasme-t-il, à la date d’ouverture des plateaux rénovés, "on pourra proposer une imprimante à béton, y compris coloré, pour des formes inédites, mais aussi de l’impression à partir de plastique recyclé, de bronze, de carbone…" À ce moment-là, il proposera pile, au centre de la ville, le meilleur de l’innovation à portée de tous. En le quittant on se dit que la succession emboîtée des à côté était elle aussi une illusion interactive, puisant son énergie dans la passion.

Dans la même rubrique

Liens utiles