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Leur film juste, rigoureux et profondément humain a marqué les membres du Comité belge de la Scam qui ont ainsi souhaité remettre le Prix 2016 du documentaire à Anne Schiltz et Charlotte Grégoire pour Bureau de chômage. Retrouvez ici un synopsis de l’œuvre, une biographie des autrices et l’hommage écrit pour elles par Paola Stévenne, Présidente du Comité belge.

L’œuvre

Une administration, des bureaux cloisonnés, des personnes assises en vis-à-vis.
D’un côté de la table, des chômeurs. De l’autre, des contrôleurs.
L’enjeu des entretiens : le maintien des allocations de chômage.
La rigidité de la procédure s’oppose à la singularité des hommes et des femmes qui y sont soumis.
Le film interroge le sens du travail aujourd’hui, dans un monde où la précarité de l’emploi est menaçante, où l’insécurité des travailleurs et des chômeurs est grandissante et où le modèle d’État-Providence se réduit comme peau de chagrin.

Réalisation : Charlotte Grégoire et Anne Schiltz
En coproduction avec la RTBF - Unité Documentaires & le WIP - Wallonie Image Production
Avec l’aide de la Fédération Wallonie-Bruxelles
Distribution : Cinéart
75 minutes – 2015 (sortie en salle le 9 décembre 2015)
Trailer à voir ici.

L’hommage du Comité

« "Nous sommes appelés à nous revoir…"
Nombre d’entre nous, auteurs, artistes sommes chômeurs. Des chômeurs bizarres, avec un statut particulier, pas très représentatifs mais… chômeurs.
Comme tous les bénéficiaires d’allocations de chômage, nous devons prouver à l’administration que nous sommes en recherche active d’emploi et disponibles sur le marché… Bref, que nous méritons de bénéficier d’allocations de chômage.

Mais, comment faire pour correspondre aux critères de l’administration et ne pas risquer l’exclusion lorsqu’on est artiste ? Oui, comment faire alors que l’écriture, la recherche de financement, les repérages, les réunions d’auteurs, les lectures… ne sont pas rémunérées et donc impossibles à valoriser lors des contrôles ONEM ? _ C’est ce décalage entre les cases de l’ONEM et leurs conditions de travail qui a été à l’origine du désir de Charlotte Grégoire et Anne Schiltz pour leur film Bureau de chômage.

Pourtant, on ne verra pas d’artistes. Charlotte et Anne ont choisi de mener une réflexion plus large qui nous interroge par le biais de la procédure administrative et de sa violence sur le sens du travail ou plutôt de son absence aujourd’hui. En filmant en huis-clos les contrôles de disponibilités effectués dans un bureau wallon, avec d’un côté de la table le personnel de l’administration et de l’autre, des chômeurs ; l’un appliquant la procédure, l’autre se défendant au mieux ; Charlotte Grégoire et Anne Schiltz nous dressent le portrait d’une procédure.

Une procédure où il s’agit d’ailleurs davantage de prouver que l’on cherche du travail en respectant les démarches dictées par l’ONEM que de prouver que l’on travaille même occasionnellement. Une procédure qui ne veut pas entendre que du travail, il n’y en a pas. Une procédure qui n’a cure des chemins singuliers, de l’humiliation qu’elle inflige, des accidents de la vie, des démarches spécifiques à une profession, de l’ingéniosité et de l’intelligence que chacun doit développer pour vivre et construire dans un monde sans travail…
Mais les fonctionnaires ne sont pas dupes ; ils font leur travail tout en sachant que notre société n’en fournira probablement pas aux chômeurs qu’ils sont censés contrôler. D’un côté de la table et de l’autre, chacun sait qu’il sera probablement appelé à revoir l’autre.

Chacun des films d’Anne et Charlotte implique un travail de longue haleine, une immersion. Durée sans laquelle Bureau de chômage n’aurait pas vu le jour, sans laquelle la finesse et la profondeur de la critique sociale ne nous apparaîtrait pas. Pour ce film-là, pour sa patience, sa rigueur et sa justesse, parce que vous éclairez un lieu où on ne regarde pas, nous permettez de penser notre société, merci Charlotte et Anne. »

Paola Stévenne, Présidente du Comité belge de la Scam

Les autrices

Anne Schiltz est diplômée en sciences sociales et en sciences cognitives et docteur en anthropologie de l’Université Libre de Bruxelles. Après son expérience de coordinatrice de projets culturels (Luxembourg-Sibiu, Capitales Européennes de la Culture 2007), puis de commissaire d’exposition (Casino Luxembourg - Forum d’Art Contemporain), elle entame la réalisation. En 2012, elle coréalise avec Benoît Majerus le documentaire Orangerie

Après des études en anthropologie et en anthropologie visuelle, Charlotte Grégoire travaille durant plusieurs années comme assistante de production et fait ses premières armes dans le cinéma belge, comme administratrice puis présidente de l’Atelier Jeunes Cinéastes. Elle tourne ensuite une série de courts et moyens-métrages (dont Méandres) et d’installations vidéo.

En 2007, elles co-réalisent leur premier long-métrage documentaire : Stam nous restons là. Le film est primé à l’Astra Film Festival en Roumanie. En 2012, elles tournent Charges Communes, primé à l’Astra Film Festival et Urban Eye Festival (Roumanie) et à l’IDFF Cronograf (Moldavie).
Elles signent en 2015 leur quatrième long-métrage, Bureau de chômage qui remporte le prix Cinéart au festival Filmer à tout prix en 2015 et est nommé aux Magritte du cinéma belge 2016.

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